Consultation tarifaire : Ottawa pourrait renverser l'accord de 6,1 % sur les VÉ chinois

Consultation tarifaire : Ottawa pourrait renverser l'accord de 6,1 % sur les VÉ chinois
Photo: Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Marc Leblanc
Marc LeblancJournaliste automobile

Couvre les derniers développements des véhicules électriques chinois et leur impact sur le marché automobile canadien.

7 min de lecture

L'essentiel

  • Le gouvernement fédéral a lancé le 2 juillet 2026 une consultation publique de 30 jours sur l'imposition potentielle de nouveaux droits de douane sur les véhicules électriques, l'acier et l'aluminium provenant de Chine.
  • La consultation porte officiellement sur trois objectifs : protéger les travailleurs canadiens du secteur manufacturier, contrer la « concurrence déloyale et la surcapacité dirigée par l'État » de la Chine, et aligner les politiques commerciales du Canada avec celles des États-Unis et de l'Union européenne.
  • Les experts en commerce international identifient trois issues probables pour la décision finale d'Ottawa :

# Consultation tarifaire sur les VÉ chinois : Ottawa pourrait renverser l'accord de 6,1 %

Le gouvernement fédéral a lancé le 2 juillet 2026 une consultation publique de 30 jours sur l'imposition potentielle de nouveaux droits de douane sur les véhicules électriques, l'acier et l'aluminium provenant de Chine. La date limite de soumission est fixée à début août 2026. Ce qui semblait acquis — un accord commercial qui avait réduit les tarifs sur les VÉ chinois de 100 % à seulement 6,1 % en début d'année — est maintenant sérieusement remis en question.

Pour les acheteurs canadiens qui attendaient l'arrivée de BYD, Chery et Zeekr, c'est une nouvelle qui change les calculs. Si Ottawa réimpose des droits élevés, les prix pourraient exploser avant même que les premières voitures arrivent dans les concessionnaires.

Pourquoi Ottawa rouvre le dossier des tarifs ?

La consultation porte officiellement sur trois objectifs : protéger les travailleurs canadiens du secteur manufacturier, contrer la « concurrence déloyale et la surcapacité dirigée par l'État » de la Chine, et aligner les politiques commerciales du Canada avec celles des États-Unis et de l'Union européenne.

Depuis 2024, l'Europe a imposé des droits compensateurs allant jusqu'à 45 % sur les VÉ chinois. Les États-Unis ont maintenu leurs propres tarifs punitifs. Ottawa avait choisi une voie différente au début de 2026 en signant un accord commercial ramenant les droits à 6,1 % — une décision qui avait rendu les lancements de BYD et Chery au Canada économiquement viables. Cette consultation remet tout en jeu.

La pression vient de plusieurs directions simultanément :

  • Unifor et les syndicats de l'automobile réclament des protections pour les travailleurs d'assemblage en Ontario, qui voient les usines japonaises et coréennes compresser leurs effectifs face à la concurrence
  • L'industrie sidérurgique demande des mesures contre l'acier chinois subventionné, accusé de distorsion des marchés mondiaux
  • Les partenaires commerciaux — notamment les États-Unis dans le cadre de l'ACEUM — exercent une pression pour harmoniser les politiques tarifaires contre la Chine

Trois scénarios après la consultation

Les experts en commerce international identifient trois issues probables pour la décision finale d'Ottawa :

Scénario 1 — Maintien du statu quo à 6,1 % Le gouvernement confirme que l'accord signé en début 2026 reste en vigueur. C'est l'option la plus favorable aux consommateurs et aux constructeurs chinois. Le quota de 49 000 véhicules par an continue de s'appliquer, et les lancements prévus pour fin 2026 se déroulent comme prévu.

Scénario 2 — Tarifs intermédiaires (15 à 30 %) Une position de compromis qui préserve une certaine concurrence tout en offrant une protection symbolique à l'industrie locale. Ce scénario maintiendrait les VÉ chinois dans le marché canadien mais ajouterait entre 3 000 $ et 8 000 $ au prix moyen — transformant un avantage compétitif clair en avantage plus modeste.

Scénario 3 — Retour aux tarifs élevés (50 à 100 %) Le scénario le plus douloureux pour les acheteurs. Un retour aux droits de 100 % rendrait la plupart des VÉ chinois financièrement non compétitifs au Canada. Un BYD Seal actuellement estimé à 44 990 $ CAD pourrait dépasser 65 000 $ — soit plus cher qu'un Tesla Model 3.

L'impact concret sur BYD, Chery et Zeekr

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Les fabricants chinois ont soigneusement planifié leurs calendriers et leurs grilles de prix canadiennes en tenant compte du régime tarifaire actuel de 6,1 %. Une hausse significative des droits forcerait des révisions majeures.

BYD — La marque la plus avancée dans le processus canadien, avec des premières livraisons anticipées fin 2026 à Toronto et Vancouver. Si les tarifs augmentent avant la fin de la consultation, BYD pourrait retarder son entrée ou revoir son modèle de distribution. Les concessionnaires avec qui BYD négocie actuellement dans le Grand Toronto attendent les conclusions de la consultation avant de signer des ententes définitives.

Chery (Omoda, Jaecoo) — Le constructeur tablait sur des prix entre 36 990 $ et 42 000 $ pour l'Omoda E5 et le Jaecoo J5 EV. Avec des tarifs de 30 %, ces prix passeraient à 44 000–52 000 $ — effaçant l'avantage concurrentiel face au Hyundai Kona Electric et au Chevrolet Equinox EV.

Zeekr — La marque premium de Geely visait le segment 55 000–75 000 $. Des droits supplémentaires la repositionneraient directement dans les gammes du Tesla Model S et du BMW i4, où la concurrence est beaucoup plus établie et les consommateurs plus fidèles aux marques existantes.

Ce que ça change pour votre prochain achat

Si vous envisagez un VÉ chinois d'ici 2027, voici une lecture pragmatique de la situation :

Ne retardez pas une décision en attente — La consultation dure 30 jours, et une décision finale du gouvernement pourrait prendre plusieurs mois de plus. Les lancements prévus pour fin 2026 ne seront probablement pas affectés à court terme par la consultation elle-même, puisque les constructeurs continueront à respecter leurs engagements basés sur les règles actuelles.

Surveiller les annonces de prix officiels — Les constructeurs chinois attendront l'issue de la consultation avant de confirmer leurs grilles tarifaires officielles pour le marché canadien. Si vous voyez des prix annoncés avant la fin de la consultation, vérifiez s'ils incluent une clause de révision tarifaire.

Les incitatifs provinciaux restent intacts — Quelle que soit la décision fédérale sur les droits de douane, les programmes provinciaux ne sont pas affectés. Le Québec maintient son programme Roulez Vert à 2 000 $ pour les résidents admissibles. Note importante : les VÉ construits en Chine ne sont pas admissibles au rabais fédéral EVAP, quelle que soit l'issue de cette consultation.

La réaction de l'industrie canadienne

La réaction au sein de l'industrie est divisée de façon prévisible. Les constructeurs et équipementiers automobiles établis accueillent favorablement la consultation, voyant dans un maintien ou une hausse des tarifs un outil pour « régler les règles du jeu ». Du côté des consommateurs, des groupes comme Option consommateurs plaident pour maintenir l'accès à des VÉ abordables dans un marché où le prix moyen d'un véhicule électrique neuf dépasse encore 55 000 $ CAD.

Pour les groupes de concessionnaires, la situation est particulièrement délicate. Des réseaux régionaux ont déjà entamé des négociations d'ententes de distribution avec BYD et Chery. Une hausse majeure des tarifs forcerait des renégociations coûteuses et remettrait en cause les investissements déjà engagés.

Le contexte géopolitique plus large

Cette consultation s'inscrit dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre l'Occident et la Chine dans le secteur des technologies vertes. La Chine a répondu aux tarifs européens sur les VÉ en imposant des droits sur le cognac français et en restreignant les exportations de graphite — un matériau essentiel aux batteries de véhicules électriques.

Ottawa devra peser soigneusement les risques de représailles dans des secteurs où le Canada est vulnérable : l'agriculture (porc, canola, soja), les ressources naturelles et les produits de la mer. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, et les conséquences d'une escalade pourraient dépasser largement le secteur automobile. Pour tout comprendre sur l'historique des tarifs et leur impact sur les prix, consultez notre guide complet sur les tarifs VÉ chinois au Canada.

À surveiller

La date limite de soumission pour la consultation est fixée à début août 2026. Une décision finale devrait suivre dans les semaines ou mois suivants. Nous mettrons à jour cet article dès que des informations officielles seront disponibles.

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FAQ

Quand la consultation tarifaire se termine-t-elle ?
La consultation publique lancée le 2 juillet 2026 dure 30 jours, ce qui place la date limite en début août 2026. Une décision finale du gouvernement pourrait suivre dans les semaines ou mois après la clôture des soumissions.
Le Canada va-t-il vraiment augmenter les tarifs sur les VÉ chinois ?
Il est trop tôt pour le dire. La consultation est une étape de collecte d'information, pas une décision en soi. L'issue dépendra des représentations reçues, de la pression des partenaires commerciaux américains, et des risques de représailles chinoises.
Mon projet d'achat d'un BYD ou d'un Chery est-il compromis ?
Pas immédiatement. Les lancements de fin 2026 ne sont pas directement menacés à court terme par la consultation. Cependant, si les tarifs augmentent significativement, les prix finaux annoncés pourraient être plus élevés que les estimations actuelles.
Les VÉ chinois sont-ils admissibles aux rabais gouvernementaux ?
Les VÉ construits en Chine ne sont pas admissibles au programme fédéral EVAP (anciennement iZEV). Cela ne changera pas avec cette consultation — c'est une règle distincte liée aux accords de libre-échange. Au Québec, le programme Roulez Vert offre jusqu'à 2 000 $ sans restriction d'origine de fabrication.

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