Ottawa dit non : Joly rejette le plan Stellantis-Leapmotor pour Brampton

Ottawa dit non : Joly rejette le plan Stellantis-Leapmotor pour Brampton
Photo: Wikimedia Commons (CC BY-SA)
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Jean-Pierre MartinJournaliste automobile

Couvre les derniers développements des véhicules électriques chinois et leur impact sur le marché automobile canadien.

9 min de lecture

L'essentiel

  • La ministre fédérale de l'Industrie, Mélanie Joly, a officiellement rejeté la proposition de Stellantis d'assembler des véhicules électriques Leapmotor à partir de kits préfabriqués en Chine à l'usine de Brampton, en Ontario.
  • Joly a posé trois conditions non négociables pour tout projet de production à Brampton :
  • Le vrai levier d'Ottawa, c'est l'argent.

Joly ferme la porte aux kits Leapmotor

La ministre fédérale de l'Industrie, Mélanie Joly, a officiellement rejeté la proposition de Stellantis d'assembler des véhicules électriques Leapmotor à partir de kits préfabriqués en Chine à l'usine de Brampton, en Ontario. Sa déclaration est sans équivoque : « On ne peut pas amener des voitures en kit au Canada. »

Ce rejet marque un tournant dans le dossier Stellantis-Brampton. Depuis qu'on a révélé les négociations entre Stellantis et son partenaire chinois Leapmotor le 1er avril, la pression politique n'a cessé de monter. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, avait qualifié le projet d'« inacceptable » dès le lendemain. Unifor, le syndicat représentant les 3 000 travailleurs mis à pied, exige que Stellantis respecte ses engagements originaux.

Les trois conditions d'Ottawa

Joly a posé trois conditions non négociables pour tout projet de production à Brampton :

1. **Protection des travailleurs** — Respect des normes du travail canadiennes et de la convention collective d'Unifor 2. **Chaîne d'approvisionnement locale** — Le projet doit soutenir les fournisseurs de pièces automobiles canadiens, pas simplement assembler des composants importés de Chine 3. **Conformité ACEUM (CUSMA)** — Les logiciels et standards techniques doivent respecter les règles de l'accord commercial nord-américain

Ces conditions excluent de facto le modèle de « knock-down kits » proposé par Stellantis. Un kit knock-down, c'est essentiellement un véhicule fabriqué en Chine, partiellement démonté pour le transport, puis réassemblé ici avec un minimum de main-d'œuvre locale.

529 millions $ en jeu

Le vrai levier d'Ottawa, c'est l'argent. En 2022, le gouvernement fédéral avait accordé jusqu'à 529 millions $ en subventions à Stellantis pour garantir que l'usine de Brampton reste ouverte jusqu'en 2035 avec au moins 4 475 employés canadiens. Quand Stellantis a transféré la production du Jeep Compass en Illinois en 2025, Ottawa a lancé un avis de défaut et entamé un processus de récupération des fonds.

Si Stellantis ne propose pas un plan de production conforme aux conditions d'Ottawa, le gouvernement fédéral a confirmé qu'il récupérera l'argent des contribuables. C'est un signal fort : le Canada veut de la fabrication automobile réelle, pas de l'assemblage de meubles IKEA version auto.

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L'avis de l'industrie : Flavio Volpe sonne l'alarme

Flavio Volpe, président de l'Association des fabricants de pièces d'automobile (APMA), a été cinglant dans sa critique du modèle knock-down. Selon lui, « ces véhicules sont complètement fabriqués en Chine avec des composants chinois, puis partiellement démontés et amenés ici pour être réassemblés. »

Volpe soulève un point crucial : une usine de fabrication complète génère 10 000 à 12 000 emplois et 3 milliards $ en achats de pièces annuels. Un assemblage de kits ? Quelques centaines de travailleurs, sans retombées pour la chaîne d'approvisionnement locale.

Il recommande au gouvernement fédéral de clarifier que les kits knock-down doivent être comptabilisés comme des importations dans le quota de 49 000 VE chinois. Si cette règle est adoptée, chaque Leapmotor assemblé à Brampton réduirait le nombre de véhicules BYD, Chery ou Geely pouvant entrer au Canada.

Quelles options reste-t-il pour Stellantis ?

Stellantis a maintenant trois scénarios possibles :

**Scénario 1 : Fabrication complète avec Leapmotor** — Stellantis investit dans une vraie chaîne de production locale avec des fournisseurs canadiens. Coûteux, mais conforme aux exigences d'Ottawa. Peu probable à court terme.

**Scénario 2 : Retour à un modèle Stellantis traditionnel** — Produire un autre véhicule Stellantis (pas Leapmotor) à Brampton. Possible, mais Stellantis manque de modèles VE prêts à produire au Canada.

**Scénario 3 : Négociation et remboursement** — Stellantis accepte de rembourser une partie des subventions et ferme définitivement Brampton. C'est le scénario que personne ne veut, mais qui devient de plus en plus probable.

Pour les amateurs de VE chinois au Canada, ce dossier est à suivre de près. Si les kits knock-down sont bloqués, ça limite une voie d'entrée potentielle pour les véhicules chinois au Canada. En revanche, ça protège le quota d'importation pour les constructeurs comme BYD et Chery qui veulent vendre directement.

FAQ

### Pourquoi Ottawa refuse-t-elle les kits knock-down de Leapmotor ? Parce que l'assemblage de kits crée très peu d'emplois locaux et ne soutient pas la chaîne d'approvisionnement automobile canadienne. Ottawa exige une vraie production manufacturière.

### Stellantis va-t-il rembourser les 529 millions $ ? Le processus de récupération est en cours. Si Stellantis ne propose pas un plan de production conforme d'ici les prochains mois, Ottawa récupérera les fonds publics.

### Quel impact sur les VE chinois au Canada ? Si les kits knock-down sont comptés comme des importations, ça réduit le quota disponible pour BYD, Chery et Geely. Sinon, c'est une voie parallèle qui n'affecte pas le quota.

### L'usine de Brampton va-t-elle rouvrir ? C'est incertain. L'usine est fermée depuis plus de deux ans et aucun plan concret n'a été approuvé. Les 3 000 travailleurs mis à pied attendent toujours.

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